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Ecrire pour retrouver ses racines

Psychogénéalogie des lieux de vie : aménager, habiter, réélaborer (1)

Psychogénéalogie des lieux de vie : aménager, habiter, réélaborer (1)

*

C’est le titre d’un chapitre du livre de Christine Ulivucci.

Un titre qui m’a tout de suite interloqué, moi qui ai passé tant de temps à méditer sur le lieu de vie de tous les membres de ma famille avant l’exode massif de 1962 : Oran.

 

J’étais curieux de voir de quelle manière l’auteur allait relier ces fameux lieux de vie avec la psychogénéalogie. 

Petit détour par la quatrième de couverture :

Quels sont les événements de vie qui ont fait que nous sommes nés à tel endroit, que nous habitons à tel autre ? Pourquoi est-il si difficile pour certaines personnes de s’investir dans un lieu, et impossible pour d’autres de déménager ? Ces questions correspondent à l’histoire de chacun et leurs réponses se trouvent dans l’arbre familial. Car les lieux nous font signe, nous accueillent ou nous repoussent. Ils se font écho à travers les générations. Mais que viennent-ils nous rappeler de notre histoire familiale ? Comment l’histoire des lieux s’est-elle transmise ? Que pouvons-nous en tirer comme enseignement pour notre propre vie ? Que pouvons-nous transformer aujourd’hui d’un héritage subi ? Pour le savoir, nous pouvons les interroger, suivre les méandres de leur cheminement et tenter de comprendre à travers eux ce qui nous a été transmis du parcours de nos ascendants. Dans ce grand jeu de pistes, il sera alors possible de trouver des échos, des fils conducteurs, des perspectives insoupçonnées et de nouvelles impulsions.

Pourquoi ne pas tenter de répondre tout de suite à ces questions ?

En revanche, je ne développerai pas mes réponses à l’infini histoire de ne pas faire un article de 50 pages. Mais le sujet est vaste et le livre -que j’ai sous les yeux- les parcourt tous.

Commençons donc par le début.

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→ Quels sont les événements de vie qui ont fait que nous sommes nés à tel endroit, que nous habitons à tel autre ?

Bonne question, surtout après un exode massif de plus de 1 million de personnes en 1962. Je suis né en France en 1969, mais mes parents, et toutes les générations qui les précèdent, sont nés en Algérie avant 1962. Pour eux, la réponse à la question est malheureusement très simple : la guerre.

Mais pour moi ? 

Pour moi, c’est un mystère que même les Français d’Algérie ne comprennent pas.

Seuls les enfants de l’exode nés en France, et qui ont commencé un bout de résilience, arrivent à saisir une part de ce que j’ai écrit sur Memoblog, parce qu’ils vivent la même chose : nous flottons tous dans l’espace intersidéral, sans terre d’attache.

Deux auto-citations de Memoblog :

1 – Sur la page où je présente un peu la famille : “Ce n’est pas très spectaculaire donc personne ne s’en préoccupe, mais j’ai comme la vague intuition que quelques enfants de pieds-noirs flottent gentiment au milieu de nulle part dans la société française actuelle et se demandent juste par quel miracle ils ont acquis la capacité de se mouvoir dans le vide.”

2 – Sur la page d’accueil et d’introduction au blog : “Les pieds-noirs eux-mêmes, tout à leur souffrance, ne voient pas qu’il s’agit d’un site d’enfant de pieds-noirs en exil. Ils imaginent un dévouement nostalgique, une vie par procuration, le plaisir de la découverte. Jamais les répercussions logiques, chez un descendant, de l’exode massif de près d’un million de pieds-noirs. Mais je ne leur en veux pas, je sais que les deux souffrances sont incomparables, je n’ai pas grandi dans une ville en guerre. Mais j’ai la certitude d’avoir  perdu une terre. Et là est la vraie surprise de Memoblog. Comment est-ce possible, je ne sais pas, mais j’ai perdu une terre. La terre rouge d’el-Hamri.”

 

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→ Pourquoi est-il si difficile pour certaines personnes de s’investir dans un lieu, et impossible pour d’autres de déménager ?

Bonne question là aussi, et le cas des enfants de Français d’Algérie me questionne davantage encore que celui du tout un chacun. J’ai créé en mars 2015 un site de témoignages qui avait pour but de récolter quelques paroles d’enfants de pieds-noirs. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’en partant à la pêche aux candidats, je me suis retrouvé quasiment d’emblée avec une Belge, un Allemand, une Suisse. Pas simple à analyser, mais disons que le rapport à la France (une certaine forme de colère peut-être) a pu jouer, ou plus simplement, le sentiment de ne pas avoir de sol véritable et de chercher désespérément un lieu où poser ses valises une fois pour toutes. 

Mon cas ne se situe pas dans cette lignée. Je suis plutôt de ceux qui ne bougent pas. Mais aussi de ceux qui ne voient pas l’intérêt de bouger, parce que de toute façon, ça ne résoudra pas le problème. Je me fiche depuis tout petit de l’endroit où j’habite. La terre n’a aucune importance, la maison non plus, la ville encore moins. Je flotte. Si je devais me fixer quelque part maintenant, ce serait de l’autre côté de la Méditerranée, peut-être bien sur la Corniche. Mais cela aurait-il du sens ? Ne suis-je pas en train de me projeter un joli film qui n’a ni queue ni tête ? Je ne sais pas. Je connais des gens à Oran, je connais la ville, je la sens en moi, je crois que j’aimerais m’y promener le plus souvent possible. Ce sera peut-être pour une prochaine vie.

 

→ Car les lieux nous font signe, nous accueillent ou nous repoussent.

Je n’ai jamais été aussi bien accueilli qu’à Oran.

Et je ne me suis jamais senti aussi étranger… qu’en France. Pays pour lequel j’éprouve pourtant une éternelle reconnaissance : son système de santé a sauvé dix fois ma fille du trépas et sa liberté d’expression me permet aujourd’hui d’écrire ce que je veux. Non, je me sens étranger, comme si je ne parlais tout simplement pas la même langue. Un peu comme si je vivais en Russie. Mais plus dans le détail, oui, il y a des lieux qui nous font signe. Ne serait-ce que les cimetières. J’en ai parlé par ailleurs. J’aime y entrer maintenant, et il m’arrive de me promener entre les allées, par plaisir. Ou peut-être juste pour observer de quelle manière les gens prennent soin de leurs morts. La magie de la psychogénéalogie, c’est qu’elle redonne vie aux morts ; les cimetières deviennent ainsi des lieux de vie.

Je n’aurais pas pu saisir cette évidence avant la mort de ma mère. 

La suite au prochain épisode…

 

Paul Souleyre

 

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