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Ecrire pour retrouver ses racines

Psychogénéalogie des prénoms de Memoblog : le cas Paul

Psychogénéalogie des prénoms de Memoblog : le cas Paul

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Memoblog a commencé en avril 2012 avec un prénom : Paul

Un prénom que je connaissais très mal.

Un prénom qui tournait dans ma tête depuis plusieurs années sans que je saisisse vraiment de quoi il retourne.

 

Je dois peut-être expliquer que “Paul Souleyre” est un nom d’emprunt, un nom de plume comme on dit, et bien davantage encore puisque j’ai notamment choisi, un jour de juillet 2012, de lui attribuer un numéro de Siret pour l’Urssaf.

Memoblog est un site qui a duré à peu près un an et demi et qui m’a permis de plonger dans une quête d’origines brisée depuis l’exode de 1962.

Memoblog partait sans prénom.

Le blog était lié à des lieux, et notamment à un lieu, Oran. J’avais décidé de fixer mon attention sur un bout de terre rouge d’où tout le monde était sorti durant la première moitié du XX°S et que tout le monde avait quitté à l’été 1962. Je reviendrai dans un autre article sur la psychogénéalogie des lieux de vie.

Aujourd’hui les prénoms.

A quel moment les prénoms sont-ils venus me poser des questions ?

Peut-être le 2 octobre 2012 lorsqu’une cousine Souleyre me contacte et m’apprend, entre autres révélations troublantes, que Paul Souleyre a réellement existé. Je m’étais volontairement fermé aux archives personnelles de manière à ne pas être influencé par ce qu’à l’époque je considérais comme secondaire (et que je considère peut-être toujours comme secondaire en fin de compte) les prénoms. Je voulais pénétrer dans une ambiance historique : la ville d’Oran sous l’Algérie Française. 

Je voulais me mettre sous les yeux ce que mes parents, mes grands-parents et mes arrière-grands-parents avaient tous les jours sous les yeux.

Je voulais voir les mêmes paysages, entendre parler les mêmes langues, écouter les mêmes anecdotes, être confronté aux mêmes problèmes quotidiens, marcher avec eux pour rejoindre leur travail, m’asseoir aux côtés des enfants pour apprendre les paysages français dans les livres, refaire les trajets de bus, passer tous les jours devant les mêmes monuments. 

Je voulais voir la ville par leurs yeux. 

Oran a au moins cet avantage qu’il est possible de tout reconstituer à partir de la consultation de quelques sites internet qui regorgent de photos. Lorsque des personnes sont brutalement arrachées de leur terre natale, la violence est telle qu’il faut se débrouiller, d’une manière ou d’une autre, pour compenser le manque. Et le manque (qui n’a bien sûr jamais été compensé) a pris une allure absolument incroyable sur la toile durant les années 2000, comme si un nouveau territoire apparaissait soudain, et qu’il devenait enfin possible de poser ses valises quelque part.

 

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Le 2 octobre 2012, je me promène dans Oran depuis six mois, lorsqu’une cousine inconnue débarque avec des prénoms.

Évidemment, les choses se mettent brutalement à prendre un autre relief.

Je ne rentrerai pas dans les détails de tous les prénoms qui subitement reprennent vie, mais Paul, ce prénom qui trottait dans ma tête depuis octobre 2005, c’est-à-dire bien avant que je replonge dans un passé jusque là totalement occulté aussi bien par ma mémoire que par celle de la famille, refait surface et éclaire d’un nouveau jour la ville elle-même. Le centre en est tout à coup déplacé : focus sur le cimetière Tamashouet.

Ce Paul Souleyre dont j’avais pris le nom possédait sa tombe à Oran. 

Me voilà cette fois-ci plongé dans les livrets de famille par la force des choses, je n’ai plus trop le choix (et puis je commence à connaître la ville donc mon premier objectif est atteint) je dois voir où les uns et les autres habitent, naissent, meurent et se font enterrer. Indépendamment de tout ce que je peux découvrir, il devient évident que le prénom Paul est central du côté des Souleyre, au moins dans la lignée de ma grand-mère maternelle qui s’appelle… Paulette.

Comment n’avais-je pas fait le rapprochement ?

Et voilà que je découvre au détour d’un voyage dans les archives de ma mère que celle-ci signe quelques-unes de ses nouvelles d’un pseudonyme finalement très familial : Pauline Souleyre… Là, je suis sous le choc ; brutalement, je vois apparaître une drôle de lignée qui va de Paul Souleyre (le vrai, l’original, celui qui se trouve dans la tombe à Oran et donc la mort date du 16 avril 1940) à sa fille Paulette Souleyre (nom de jeune-fille de ma grand-mère maternelle), au pseudonyme choisi par ma mère pour écrire quelques nouvelles planquées dans mon garage (Pauline Souleyre) pour finir par mon pseudonyme naïvement choisi en octobre 2005 pour réaliser un petit film anodin, puis clairement affiché sur Memoblog à partir d’avril 2012.

Tout ceci dans l’inconscience la plus totale.

Mais les choses vont un petit peu plus loin puisque je vois dans le livret de famille de mes grands-parents qu’un petit Paul est mort nourrisson le 22 mai 1944 après être né le 6 janvier 1944. C’était leur premier fils. Mon grand-père ne l’a jamais connu étant parti pour la campagne d’Italie en novembre 1943 et n’étant revenu d’Europe que le 31 août 1945. Je connaissais l’existence de cet enfant, mais comme absolument personne ne l’évoquait et qu’aucune espèce de souvenir n’était affiché nulle part sous la forme d’une photo par exemple, j’avais fini par l’oublier.

Me voilà donc avec un petit Paul un peu étrange, disparu dans la nature (aucune sépulture connue) et dont l’absence ne cesse de me questionner.

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Il y a quelques jours, je suis tombé sur cette vidéo. Je conseille de la regarder de la minute 1’48 à la minute 2’53. Annie Tranvouëz Cantele y évoque le prénom Jean.

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 Il y a trois mots importants avec Jean :

1 – Il y a “Ange”. Ange, c’est un enfant qui est mort avant d’avoir été baptisé. Aujourd’hui, ce n’est pas grave, mais dans le temps, les parents étaient quasiment excommuniés avec une culpabilité énorme, on les montrait du doigt, c’était horrible.

2 – Dans Jean, vous avez aussi “Nage”. Donc si on dit à la personne d’apprendre à nager, de bien nager, ça veut dire qu’il y a peut-être eu des noyés. Ou savoir nager entre deux eaux parce que quelqu’un s’est fait avoir. Ça correspond toujours à une douleur du clan, à une époque, et on vient y apporter une solution d’amour.

3 – Et puis dans Jean, il y a “Géant”. Géant, le contraire, c’est nain, on revient sur l’enfant mort. Un géant n’est pas forcément quelqu’un d’une grande taille, mais ça peut être quelqu’un dont on se souvient parce qu’il était d’une stature hors norme ; par exemple, vous avez un cultivateur et son enfant va devenir instituteur, il devient un peu le géant de la famille.

Ça nous aide à retrouver plein d’indices sur notre histoire.

*

On pensera ce qu’on voudra de ce genre de considérations -ce n’est pas l’objet de l’article- mais je ne peux m’empêcher de me faire une petite réflexion.

Le second garçon à être arrivé après Paul, le nourrisson mort sans sépulture (peut-être bien parce que non baptisé, justement) s’appelait Jean.

Et il était mon parrain.

 

Paul Souleyre.

 

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